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Commercial en costume seul sur une scène vide — recrutement sans rôle défini
Management & RH

Vous n'avez pas recruté le mauvais commercial...

cmarghieri
cmarghieri

 ...Vous avez recruté le bon commercial pour un rôle que personne n'avait écrit. 

La conviction qui coûte cher

Il dirige une PME industrielle depuis seize ans. L'entreprise est solide, reconnue dans son secteur, dotée d'une offre que ses clients apprécient. Il a recruté trois commerciaux en quatre ans. Trois fois, la même séquence : une période d'intégration prometteuse, quelques mois d'activité correcte, puis une stagnation progressive, des tensions sur les objectifs, une séparation. Trois fois, le même diagnostic en sortie : le profil n'était finalement pas adapté.

Ce dirigeant n'est pas incompétent. Il n'est pas malchanceux. Il est simplement convaincu que le problème vient de la qualité des candidats. Et cette conviction, apparemment raisonnable, l'empêche de poser la seule question qui compte vraiment.

Ce que ces trois recrutements ont en commun n'est pas le profil des commerciaux recrutés. C'est la structure dans laquelle ils ont été placés.

 

Le réflexe de l'embauche

Face à une stagnation commerciale, la réponse la plus fréquente des dirigeants de PME consiste à recruter. C'est une réponse compréhensible, concrète, immédiatement visible sur un organigramme. Elle donne le sentiment d'agir. Et elle repose sur une logique en apparence imparable : si les ventes ne progressent pas, c'est qu'il manque quelqu'un pour les faire progresser.

Cette logique contient une hypothèse implicite rarement examinée : que le problème est humain avant d'être interne. Que l'entreprise est prête à recevoir un commercial performant. Qu'il suffit de trouver la bonne personne pour que les résultats suivent.

Les données françaises racontent une autre histoire.

Selon une publication de la DARES, 36,1 % des CDI sont rompus avant leur premier anniversaire. Le deuxième motif de rupture dans cette statistique n'est pas la démission du salarié — c'est la fin de période d'essai à l'initiative de l'employeur. Autrement dit, l'entreprise recrute, observe, et décide elle-même que ça ne fonctionne pas.

L'enquête annuelle de France Travail sur les besoins en main-d'œuvre indique qu'en 2025, 50,1 % des projets de recrutement sont jugés difficiles à concrétiser par les entreprises. Un recrutement sur deux.

Ces chiffres sont souvent lus comme un problème de marché de l'emploi. Comme si la rareté des bons profils expliquait tout. Cette lecture est partiellement juste et très commode, parce qu'elle exonère la direction de toute responsabilité.

 

Ce que révèle la répétition

Revenons à ce dirigeant industriel. Après trois départs, il a analysé les situations avec une relative honnêteté. Premier commercial : excellent en relation client, mais incapable de prospecter seul sans structure ni outils marketing. Deuxième commercial : profil chasseur efficace, mais aucun support produit ni contenu crédible à mettre en face de ses prospects. Troisième commercial : expérimenté, autonome, mais arrivé dans une entreprise où le discours commercial n'était pas formalisé, les cycles de décision mal qualifiés et le back office peu réactif sur les devis.

Trois profils différents. Trois échecs de même nature. Le dénominateur commun n'est pas le commercial — c'est ce qu'on lui a demandé de faire, dans quel environnement, avec quels outils, et avec quelle définition de son rôle.

Ce cas n'est pas une exception. Le baromètre BPI France / Rexecode publié en 2023, réalisé auprès de 5 000 entreprises, indique que parmi les PME en difficulté de recrutement, l'inadéquation des profils au poste est citée comme cause structurelle — au même niveau que la rareté des candidats. Plus révélateur encore : face à ces difficultés, 60 % des entreprises modifient leur méthode de recherche. Elles cherchent mieux, ailleurs, différemment. Très peu remettent en question ce qu'elles demandent au commercial de faire.



CE QUE LES DIRIGEANTS NE VOIENT PAS

L'entreprise attribue systématiquement l'échec au profil recruté, jamais à la définition du rôle.

Le poste de commercial est souvent décrit par ses tâches (prospecter, relancer, closer), jamais par son rôle réel dans le système de décision d'achat du client.

La société n'a pas analysé ce que le client a déjà décidé avant de rencontrer le commercial — et donc ce qu'elle attend réellement de lui à ce moment précis.

La formation post-recrutement, quand elle existe, est générique. Elle ne compense pas les lacunes spécifiques identifiées chez le candidat recruté.

 

Le mythe du mouton à cinq pattes

Il existe dans les PME françaises une figure récurrente, aussi recherchée qu'introuvable : le commercial parfait. Autonome et structuré. Excellent chasseur et fidélisateur hors pair. Capable de porter un discours technique complexe et d'adapter sa posture à chaque interlocuteur. Proactif sans qu'on lui demande, discipliné sans qu'on le surveille.

Ce profil fait l'objet de fiches de poste qui ressemblent davantage à des lettres au Père Noël qu'à un outil de recrutement. Et lorsque le candidat retenu ne remplit pas l'intégralité de ces critères, ce qui arrive systématiquement, l'entreprise conclut soit qu'elle a fait un mauvais choix, soit que le marché ne propose pas ce qu'elle cherche.

Les deux conclusions sont fausses. Ou plutôt : elles posent la mauvaise question.

La vraie question n'est pas « existe-t-il un commercial qui possède toutes ces qualités ? ». La vraie question est : « quelles qualités notre entreprise est-elle réellement en mesure de valoriser, et lesquelles peut-elle construire par la formation ? »

Car le mouton à cinq pattes n'existe pas mais il peut être créé. À condition de recruter sur le rôle réel que l'entreprise peut offrir, puis de former précisément sur les manques identifiés lors du recrutement. Non pas une formation générique sur la vente, dispensée uniformément à tous les nouveaux entrants. Mais une formation construite à partir du diagnostic individuel réalisé pendant le processus de sélection.

Un candidat solide sur la relation client mais fragile en prospection téléphonique peut devenir excellent, à condition que l'entreprise ait structuré ses outils d'aide à la vente et que la formation cible spécifiquement cette compétence. Un candidat techniquement fort mais peu à l'aise dans les situations de négociation peut progresser si l'accompagnement est conçu pour ça, pas pour lui réexpliquer les fondamentaux commerciaux qu'il maîtrise déjà.

C'est un changement de paradigme complet. On ne recrute plus le profil idéal. On recrute le profil le plus adapté au rôle défini, et on construit ce qui manque.

 

La réalité des chiffres

Le baromètre BPIFrance / Rexecode est sans ambiguïté : 78 % des PME et TPE ayant souhaité recruter au cours des 12 derniers mois ont rencontré des difficultés. Et pour 56 % des dirigeants, le recrutement est cité comme le premier frein à l'activité de l'entreprise.

Ces chiffres méritent d'être lus avec attention. Si le problème était uniquement la rareté des profils commerciaux sur le marché, la solution résiderait dans une meilleure attractivité employeur, des salaires plus élevés, une présence accrue sur les plateformes de recrutement. Ces leviers sont réels mais insuffisants.

Car la difficulté de recrutement que décrivent les dirigeants n'est pas seulement un problème d'accès aux candidats. C'est, pour une part significative, un problème d'inadéquation entre ce que l'entreprise cherche et ce qu'elle est en mesure d'offrir comme environnement de performance.

Les données de la DARES sur les ruptures de CDI en première année le confirment indirectement : la fin de période d'essai à l'initiative de l'employeur est le deuxième motif de rupture en France. Ce n'est pas le candidat qui part, c'est l'entreprise qui, après avoir observé le commercial en situation réelle, constate que quelque chose ne fonctionne pas. Sans toujours analyser si ce qui ne fonctionne pas tient au candidat ou au rôle qu'elle lui a confié.

 


SIGNAUX FAIBLES À SURVEILLER

Plusieurs commerciaux successifs ont quitté l'entreprise dans les 18 premiers mois, avec des profils pourtant différents.

La fiche de poste du commercial n'a pas été revue depuis le dernier recrutement, indépendamment des transformations du marché.

L'entreprise n'a pas de processus formalisé pour identifier les compétences manquantes d'un candidat et les combler par la formation.

Le commercial nouvellement recruté dispose de peu ou pas de contenu marketing crédible pour appuyer ses rendez-vous.

L'entreprise ne sait pas précisément ce que ses prospects ont construit comme opinion avant le premier contact commercial.

 

Ce que la société doit résoudre avant de recruter

Il existe une séquence logique que peu d'entreprises respectent. Elle commence non pas par la rédaction d'une offre d'emploi, mais par une question fondamentale : quel est le rôle précis que ce commercial doit jouer dans notre système de création d'envie d'acheter ?

Cette question n'est pas rhétorique. Elle implique d'analyser ce que le client perçoit de l'entreprise avant d'avoir rencontré le commercial. Parce qu'une part considérable de la décision d'achat en B2B est déjà construite à ce stade, forgée par la réputation, les contenus publiés, les avis collectés, la cohérence du discours de marque. Si cette perception est floue, négative ou tout simplement absente, le commercial arrive dans un terrain hostile. Il doit alors compenser, convaincre depuis zéro, porter seul le poids d'une image que la société n'a pas construite.

Aucun profil commercial, aussi solide soit-il, ne peut durablement combler ce déficit. Ce n'est pas une question de talent individuel. C'est une question de système.

La deuxième question est celle du rôle précis attendu. Prospecter de nouveaux marchés ? Fidéliser et développer un portefeuille existant ? Porter un discours technique complexe ? Construire la confiance sur des cycles de décision longs ? Chacun de ces rôles requiert des compétences différentes, une posture différente, et un dispositif interne différent en soutien. Les confondre dans une même fiche de poste, c'est recruter sans boussole.

La troisième question, enfin, porte sur ce que l'entreprise est prête à investir dans la construction du profil recruté. Car le commercial idéal, celui qui maîtrise l'intégralité du spectre, est rare et coûteux. Le commercial adapté, celui dont le profil correspond au rôle défini, et dont les manques peuvent être comblés par une formation ciblée est, lui, accessible. À condition que l'entreprise ait construit cette capacité à identifier ces manques lors du recrutement, et à y répondre ensuite par un programme de développement individualisé.

C'est précisément ce que ne font pas la majorité des PME françaises. Le baromètre BPI France révèle que face aux difficultés de recrutement, 60 % des entreprises modifient leur méthode de recherche. Elles s'inscrivent sur de nouvelles plateformes, elles font appel à des cabinets, elles élargissent leur zone géographique. Ce qu'elles ne modifient pas, c'est la définition du rôle ou encore les conditions dans lesquelles ce rôle pourra être exercé.

 

Deux questions avant d'écrire la prochaine offre d'emploi

Les entreprises qui recrutent bien leurs commerciaux ne sont pas celles qui accèdent à de meilleurs candidats. Ce sont celles qui ont fait, avant le recrutement, un travail que la plupart n'ont jamais réalisé.

Première question : ce que mon prochain commercial va trouver en arrivant, en termes de positionnement de l'entreprise, de contenu disponible, de notoriété construite, de perception chez les prospects, lui permet-il d'exercer son rôle dans de bonnes conditions ? Ou lui demande-t-on d'être simultanément le porteur du message, le constructeur de la confiance et le producteur de résultats, dans une structure qui n'a pas préparé ce terrain ?

Deuxième question : ai-je défini ce rôle avec suffisamment de précision pour savoir quel profil je cherche, et pour identifier, lors du recrutement, les compétences qui feront la différence entre succès et échec ? Est-ce que je suis en mesure d'évaluer en situation réelle ce que le candidat sait faire, pas seulement ce qu'il dit avoir fait ?

Ces deux questions n'ont pas de réponse universelle. Elles dépendent du marché, du stade de développement de l'entreprise, de la maturité de son appareil commercial. Mais ce sont les seules qui permettent de sortir de la boucle dans laquelle nombre de dirigeants se retrouvent enfermés : recruter, espérer, constater, recommencer.

Le prochain commercial ne sera pas meilleur que les précédents si les conditions dans lesquelles il est appelé à performer n'ont pas changé. Ce n'est pas une question de chance. C'est une question de méthode.

 

Pour aller plus loin

Avant de publier une prochaine offre de recrutement commercial, il peut être utile d'évaluer si la structure est réellement prête à permettre à un commercial de jouer son rôle.

Nous avons créé un diagnostic gratuit, anonyme, réalisable en moins de dix minutes. Il permet d'identifier les points de fragilité les plus fréquents : clarté du rôle, préparation du terrain commercial, processus d'intégration et de formation. Les résultats donnent une première lecture de la situation, sans engagement.

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